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Omar ou le handicap vu et vécu autrement Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Administrator   
14-02-2010

20100206-p-2146500.jpgA l'écouter parler en un français soutenu sur l'image et la place des personnes à besoins spécifiques dans la société, la poésie (il est un talentueux poète et a décroché plusieurs prix) et l'équipe de Barcelone qu'il adore presque religieusement, l'on se rend compte qu'on est en présence d'une personne pas du tout anodine. La première chose qui à la fois surprend et plaît au jeune Omar, c'est cette joie de vivre qui l'anime, cette fierté inaliénable et cette flamme d'espoir et d'amour qu'il entretient vive dans son âme et qui rejaillit sur son entourage.

L'on ne ressent guère chez lui l'affliction, l'apathie et l'avachissement qui caractérisent d'habitude les personnes qui ont perdu l'usage de l'un de leurs organes. Omar croque la vie à pleines dents et arbore toujours un sourire radieux qui en dit long sur le stoïcisme avec lequel il fait face à son handicap. "Etre handicapé et bien l'assumer", tel est sa consigne.

  Omar est conscient que, à cause de son profond handicap, son chemin dans la vie n'est pas parsemé de fleurs. "Un handicap est par définition une entrave à une bonne qualité de vie, surtout quand les conditions morales et matérielles ne sont pas remplies. Je mentirais si je vous disais que je mène très bien ma vie. Evidemment, le quotidien n'est pas rose.

Ce n'est pas facile de dépendre totalement et en permanence des autres pour le moindre geste de la vie courante: toilettes, habillement, soins, nourriture ", confie-t-il en toute franchise. Malgré tout, Omar ne courbe pas l'échine et il n'a jamais été question pour lui de démissionner de la vie. "Je suis assez fier de moi car j'ai pu à ma manière tirer le meilleur de mon état et j'ai pu réaliser grâce ma ténacité et ma détermination ce que beaucoup de valides n'ont pu faire", se félicite ce jeune handicapé qui force l'admiration et l'estime de tous ceux qui le connaissent de près. Omar se réjouit surtout des nombreux prix de poésie qu'il a décrochés en reconnaissance de son immense talent. L'amour de la poésie a été aussi sa clef d'accès aux médias internationaux. Grâce à ses poèmes empreints de sensibilité qu'il diffusait sur Internet, il a été invité à participer à plusieurs Téléthons en France où il va être révélé au public pour la première fois. Après, le cas de ce jeune doué et excellent orateur a cartonné dans les médias français. Omar a défrayé la chronique dans bon nombre de journaux (l'Express notamment), et paraissait maintes fois en invité d'honneur sur les plateaux d'émissions radiophoniques et télévisuelles. En récompense de ses prouesses, il a reçu un trophée de la main de Marie Christine Saragosse, directrice de la chaîne TV5 lors d'une manifestation de solidarité avec les personnes handicapées. Son cas fut également l'objet d'un film documentaire qui a été diffusé sur la même chaîne.

Omar a évoqué dans ce film sa passion pour l'équipe de football espagnole de Barcelone et, coup de chance inattendu, le président du prestigieux club qui avait regardé le film a invité Omar à venir passer quelques jours au sein de son équipe fétiche et parmi ses joueurs préférés. Le jeune en était plus que comblé et il parle avec grand enthousiasme de ce voyage de rêve qu'il garde encore comme son plus précieux souvenir.
Si les médias internationaux ont rendu un vibrant hommage à Omar, la presse marocaine, elle, n'a découvert le jeune handicapé que plus tard. Pour lui, le rôle des médias est primordial dans l'éradication des stéréotypes et des clichés sociaux à l'égard des personnes handicapées." La société continue à percevoir la personne handicapée comme quelqu'un qui n'a pas son mot à dire, quelqu'un pour qui on décide, quelqu'un qui suscite la pitié et à qui on doit faire la charité.

En somme, comme un personnage de second ordre. Pour changer ces idées dégradantes, les médias sont une force qu'il ne faut pas négliger. C'est à travers eux que nous arriverons à toucher notre cible: la société marocaine qui est appelée à changer sa perception sur la personne en situation de handicap", soutient-il. Pour ce qui est de son quotidien, Omar est plutôt casanier. Il passe le clair de sa journée au sein de sa maison à Hay Ryad à Rabat, dans sa chambre joliment décorée par les posters et les rideaux de son club adoré. S'il ne dort pas, il passe son temps à écouter de la bonne musique (Mohammed Abdelouahab, Jacques Brel, Dalida), à écrire des poèmes où il relate son univers, ses espoirs et ses frustrations. Depuis longtemps, il vit entre quatre murs, enfermé dans son cocon familial. D'après lui, cela relève plus d'une contrainte que d'un choix. "Je vis assez bien mon handicap tant que je suis chez moi où j'ai mes repères et où l'environnement est adapté à ma situation. Je ressens plutôt de l'amertume dès que je mets le nez dehors car l'environnement est tellement inadapté qu'il en devient hostile. Les trottoirs sont hauts, les rampes imposées par les lois d'urbanisme sont trop abruptes et excessivement dangereuses.

Il y a des escaliers partout. Les transports publics sont inaccessibles", explique Omar, plutôt dépité. Même son de cloche chez sa mère : "Chaque fois que nous voulons passer une soirée agréable en famille, le même problème se pose: celui de l'inadaptabilité des moyens de transport. Pour faire monter la lourde chaise de Omar au bus, c'est tout un parcours du combattant. Du coup, nous avons fini par nous rendre au fait accompli et par nous enfermer chez nous, ce qui nous a isolés peu à peu de notre entourage", déplore sa mère qui ne cache pas son indignation de la non-conformité du paysage urbain avec les besoins des personnes handicapées. Elle poursuit, très attendrie: "Aujourd'hui, et après le départ de son frère et de sa sœur, Omar est devenu le pivot de notre vie et notre seul objet d'amour et nous pouvons très bien nous passer de la compagnie des gens pour nous dédier entièrement à lui.

C'est, pour résumer, notre unique raison d'être". Si Omar n'écrit pas, il est assis dans sa chambre, à naviguer sur Internet qui est actuellement sa seule fenêtre sur le monde, ou à chatter avec son seul ami intime qui porte d'ailleurs le même nom que lui et souffre à son tour d'un handicap moteur. "Un bon ami pour vous, est-ce que c'est une personne qui vit votre même situation?", nous lui adressons la question.

Sa réponse est immédiate: "Pas nécessairement. L'amitié est un lien affectif qui peut unir n'importe quels êtres humains. Mais j'insiste sur le fait qu'une personne handicapée est mieux placée que les autres pour appréhender les besoins et les sentiments de ses semblables". Pour 2010, Omar a plein d'idées et de plans à exécuter. A présent, il se consacre entièrement à l'association qu'il vient de fonder et dont il est président: l'Association marocaine pour adultes et jeunes handicapés qui s'intéresse, nous dit-il, à tous les types d'handicap. Actuellement, il est en train de chercher, avec ses 12 compères, des bailleurs de fonds pour financer les activités de l'AMPAJH. Ses espoirs pour le nouvel an sont larges : "combattre les préjugés, lutter contre les discriminations, défendre les droits des personnes en situation de handicap et surtout leur rendre leur dignité en les émancipant du joug des préjugés et en faisant d'eux des citoyens qui participent chacun selon ses moyens et ses capacités au progrès de notre pays". Sur le plan affectif, Omar nous confie que "bien sûr comme tout être humain, je rêve de fonder une famille. Pour le moment, c'est difficile car je n'ai pas de revenus propres. Mais rien n'est impossible, enfin je l'espère".
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Omar, le militant associatif

En répondant à notre question: "Estimez-vous qu'aujourd'hui, les personnes à besoins spécifiques jouissent pleinement de leurs droits?", Omar Koussih se montre catégorique. "Je suis formel, ma réponse est non. C'est vrai qu'il y a une nette amélioration par rapport à autrefois, mais le bât blesse encore du côté de l'application des lois et des mentalités qui sont appelées à changer". C'est en partie pour œuvrer à l'application des lois en vigueur en matière des droits des personnes à besoins spécifiques que Omar et 12 de ses compères tous handicapés ont mis la main à la pâte pour fonder ce janvier l'Association marocaine pour adultes et jeunes handicapés. L'AMPAJH s'assigne aussi comme objectif de contribuer à l'intégration sociale et professionnelle des personnes en situation de handicap par des actions d'information, de sensibilisation et d'aide à la scolarisation et à la formation. Pour financer les activités de l'association, Omar, son président, cherche encore des bailleurs de fonds.

Par Meriem Rkiouak | LE MATIN